ETI face au Covid : le rôle clé des administrateurs indépendants

photo article APIA

Les Echos - 18 décembre 2020

Les imprévus qu'affrontent les entreprises de taille intermédiaire, depuis le début de la crise du Covid 19, mettent en valeur le rôle crucial que jouent les administrateurs indépendants et ainsi l'urgence de les inclure dans les conseils d'administration.

 

Alors que la pandémie de Covid 19 continue de rendre l'environnement des plus turbulents, heureuses sont les entreprises de taille intermédiaire (ETI) à s'être dotées d'administrateurs indépendants . Attribut ni statutaire ni contrôlant, l'administrateur indépendant oriente l'entreprise dans la tourmente et lui permet de « maintenir un esprit collectif, de conseiller et d'encourager le management », explique Bertrand Macabeo, membre de l'association des administrateurs professionnels indépendants associés (APIA). « Par gros temps, c'est surtout de l'expertise et de la distance émotionnelle que nous attendons d'un administrateur externe », spécifie le dirigeant d'un fonds de private equity.

 

Identifier des opportunités

 

En mars 2020, au début de la crise du coronavirus, les administrateurs indépendants ont joué un rôle clé pour assurer la pérennité de l'entreprise. Expérimentés et moins impliqués émotionnellement que les dirigeants, ils se sont montrés légitimes pour accélérer la prise de décisions difficiles. « Nous avons rapidement coupé les investissements, réduit les coûts et fermé des points de ventes », confirme le dirigeant d'une enseigne de distribution spécialisée, qui a bénéficié de leurs conseils.

 

Dès le mois d'avril, des administrateurs externes ont pu identifier des opportunités pour résister à la crise. Un groupe familial de maisons de champagne a, par exemple, fait appel à l'un d'eux, spécialiste des marques, qui a permis de débloquer des discussions cristallisées entre le dirigeant et ses actionnaires. « Nous avions depuis longtemps un dilemme sur le positionnement marketing d'une de nos maisons, qui a été abordé dès le premier conseil : un avis extérieur a redonné du recul aux dirigeants », confirme l'actionnaire du groupe. Dès septembre, les administrateurs indépendants ont aidé le dirigeant à piloter à vue. « Quand un administrateur extérieur vient renforcer le conseil, les dirigeants discutent avec lui plus librement qu'avec leurs actionnaires ou leur comité de direction. A condition qu'il soit légitime, il permet de prendre du recul sur les situations et de sortir de conflits figés entre dirigeants et actionnaires »,constate le directeur général d'un groupe hôtelier familial, qui s'est entouré d'un «advisory board» pour l'aider pendant la crise.

 

Trois types d'apport

 

Lorsqu'une ETI décide de renforcer son conseil d'administration , elle recherche trois types d'apport : une expertise spécifique, une capacité d'éclairage stratégique et l'accès à un réseau utile au développement de son activité. En outre, au-delà du parcours et de l'expérience, des qualités personnelles précises garantissent la valeur d'un administrateur externe. « Il doit d'abord faire preuve d'écoute et de trois compétences comportementales majeures : une juste confiance en soi, une capacité à prendre du recul, et une aptitude à réfléchir de manière collective », estime Delphine Mousseau, administratrice de Fnac Darty et de la chaîne de distribution allemande Flaconi.

 

Pour choisir un nouvel administrateur, la tentation est grande de se tourner vers des profils exerçant déjà plusieurs mandats. C'est une erreur car, bien souvent, les « usual suspects » n‘ont pas de disponibilité pour s'impliquer. Il est plus judicieux de repartir du projet de l'entreprise pour identifier l'expertise manquante. Un chasseur de têtes peut vous y aider dès lors qu'il s'agit de préciser les attentes des actionnaires et des dirigeants, et d'identifier le profil en dehors du réseau immédiat des parties prenantes.

 

Patrice de Fournas est managing partner d'Ebbinge Paris, cabinet spécialisé dans la recherche de dirigeants et d'administrateurs pour des ETI.